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Bleues - Griedge MBOCK : « Je suis plus à l’aise maintenant »

Vincent Roussel

Indéboulonnable à l’OL comme en équipe de France, Griedge Mbock vient de souffler sa 25e bougie. La native de Brest, qui a tout connu au plus haut niveau, est revenue sur ses débuts, et ses performances cette saison, avec ce sourire qui ne la quitte jamais. Entretien.

Tu as fêté la semaine dernière ton 25e anniversaire, mais tu disputes aussi ta dixième saison en D1 féminine. Quels souvenirs gardes-tu de tes premiers pas avec le Stade Briochin (désormais EA Guingamp) ?
Je suis arrivée très jeune là-bas, le premier match c’était contre Rodez si je ne dis pas de bêtise (il s’agit en fait du match contre Yzeure, lors de la première journée de la saison 2010-2011, où elle était titulaire, NDLR). J’en garde un souvenir agréable, car c’est sûr que quand on arrive au haut niveau c’est toujours une fierté, une étape de franchie. C’était aussi ma première année où je ne jouais qu’avec des filles, hors sélection départementale, donc c’était un peu un monde de découverte.

Dix ans plus tard, est-ce que ta passion pour le foot est restée la même ?
Elle est intacte ! Depuis que je suis petite, je baigne dans le foot, que ce soit par mes frères ou autre, j’ai toujours été imprégnée par le foot. J’ai la chance d’en vivre, donc j’en profite à fond.

« Là où je prends le plus la parole, c’est sur le terrain »
On dit souvent de toi que tu es une joueuse discrète, que ce soit devant les médias ou sur le terrain. Est-ce qu’avec l’âge on devient de plus en plus « bruyant » ?
(Rires) Ca dépend dans quel sens ! C’est sûr que je suis quelqu’un de plutôt discrète, là où je prends le plus la parole c’est sur le terrain pour guider mes coéquipières. Je suis beaucoup plus à l’aise maintenant que lorsque je suis arrivée c’est sûr, j’ai plus de facilité pour les guider et me concentrer en même temps sur mon jeu. Je fais le maximum pour qu’elles puissent avoir les bonnes informations.

Cette année on te voit un peu plus monter devant le but adverse, l’objectif cette saison c’était de battre ton record de buts en D1 ?
Je n’avais pas forcément d’objectif (sourire) ! Mais plus je marque plus j’ai envie de marquer, si ça peut aider l’équipe c’est le principal, après je suis défenseure avant tout ! Mais si j’ai l’occasion de marquer je ne vais pas m’en priver. Mon record en D1 ? 6 buts non ? (il est en réalité de 5 buts, avec Guingamp en 2014-2015, NDLR).

« Je regarde mes matches pour voir ce que j’ai fait de mal »
Avec l’OL, vous vous déplacerez à Paris pour le compte de la 17e journée, au retour de ce rassemblement avec les Bleues (le 14 mars). Ce n’est pas trop dur de se concentrer uniquement sur l’équipe de France alors qu’il y a ce choc qui se profile ?
Non, à partir du moment où on arrive en équipe de France, on est concentrées sur les objectifs de l’équipe nationale. Là je suis concentrée à fond sur les trois matches qui vont arriver (l’entretien a eu lieu avant le début du tournoi, NDLR), ça va être des matches face à de très grandes nations, ça va être de bonnes rencontres à jouer pour continuer à se préparer car on a encore des matches de qualification pour l’Euro à venir, donc on va faire le maximum en sélection avant de penser à ça.

Vous aviez fait le break avec le PSG en fin d’année 2019 (5 points d’écart), puis le match nul à Bordeaux (0-0) a permis aux Parisiennes de revenir à trois longueurs. Cette saison on a l’impression que vous avez du mal à faire la différence devant lors de match accrochés, comme ça avait aussi été le cas à Dijon…
Il faut dire aussi que les autres équipes se sont renforcées, elles travaillent bien, elles voient aussi là où elles peuvent nous gêner. C’est à nous de travailler sur les aspects où elles nous embêtent un peu plus, mais nous on essaye toujours de faire le maximum pour débloquer les situations. Ce n’est pas facile parce que ce sont souvent des équipes bien en bloc, qui regardent nos vidéos et notre jeu. Quand c’est à nous de faire le jeu, c’est plus facile pour une équipe de défendre. Mais on se doit d’être efficaces devant le but et de gagner face à n’importe quelle équipe.

L’été dernier, dans un article du Monde, Sarah M’Barek, ton ancienne coach à Guingamp, disait de toi que tu étais à 60% de ton potentiel. Tu es d’accord avec ça ? Que te manque-t-il pour franchir un nouveau palier ?
Je pense que oui. Elle a son point de vue extérieur, elle voit des choses que moi je n’ai pas vu. Je l’ai eu longtemps comme coach donc elle voit la progression que j’ai eue et ce que je peux encore travailler. Elle a son regard de coach donc c’est normal qu’elle en veuille toujours plus. Moi je travaille au quotidien, je fais en sorte de m’améliorer tous les jours et de gommer mes défauts. Je regarde beaucoup mes matches pour voir ce que j’aurais pu faire de mieux, c’est sûr que je m’attarde plus sur ce que je n’ai pas fait de bien.

« En Équipe de France, on va de l’avant »
Parles-nous un peu du phénomène Naomie Feller, qui vous a rejoint cet hiver. Qu’est-ce qui fait que cette jeune joueuse (18 ans) est au-dessus des autres ?
Déjà, à son âge, elle a des qualités physiques au-dessus de la moyenne, elle est en avance sur les autres filles de son âge. Elle court vite, elle est costaude dans les duels, technique, et elle s’est très bien adaptée au groupe. Elle arrive à combiner avec nos attaquantes, que ce soit aux entraînements ou même lors de ses entrées en jeu. Elle est à la fois à l’écoute et exigeante avec elle-même, je pense qu’au contact du groupe lyonnais elle va encore progresser, et que ça va être l’avenir du foot français. Je lui souhaite de jouer, de prendre du plaisir, de passer des paliers et de marquer des buts !

Pour en revenir à l’Équipe de France, comment as-tu vécu les derniers mois agités des Bleues, avec ces critiques formulées par certaines joueuses envers Corinne Diacre ?
Ce n’est pas forcément venu perturber le groupe. On continue à travailler, on s’est fixé des objectifs, on sait où on veut aller. C’est le passé, on avance, on se remet en question, on communique et on va de l’avant, tout simplement. Avant les rassemblements il y a toujours une réunion où la sélectionneuse présente les objectifs des matches à venir, on a parlé des matches à venir, du besoin de travailler mais également de prendre du plaisir, parce que c’est important aussi.

On connaît ton goût pour la musique, qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
En ce moment plein de trucs ! Mais si je ne devais en citer qu’une, ce serait « Solo » de Oswald ! La musique de la Ligue des champions ? Le match contre le Bayern va arriver très vite, mais chaque chose en son temps (rires) !