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Coupe du Monde - Les déceptions du tournoi

Sebastien Duret

Maintenant que la Coupe du monde a pris fin, c'est l'occasion de faire le bilan... Voici nos déceptions que ce soit les sélections nationales ou les joueuses dont on attendait plus...

Equipes
En France, la force de l'habitude
Les compétitions se suivent et se ressemblent pour l'équipe de France, éliminée pour la cinquième fois consécutive en quart de finale. Favorite ou outsider, dominatrice ou non, le résultat est le même. Cette défaite face aux États-Unis a suivi la logique des rencontres précédentes face au Nigeria et au Brésil, deux victoires longues à se dessiner. Face à une adversité plus forte -mais loin d'être intouchable-, cela n'est logiquement pas passé, et certaines joueuses ont montré leurs limites à ce niveau de la compétition.

On peut se satisfaire de l'affluence dans les stades et des audiences télévisuelles, le parcours des Bleues leur aura certainement permis de gagner en popularité et des nouveaux supporters (à confirmer), mais est-ce que cela suffira à permettre à la discipline de passer au niveau supérieur ? Seul l'avenir nous le dira, mais une élimination précoce n'est certainement pas la meilleure façon de s'y prendre.

Joueuses et staff doivent désormais se remettre en question -les torts sont partagés- et travailler ensemble pour parvenir à retrouver le devant de la scène. La non-qualification pour les Jeux olympiques peut permettre de remettre certaines choses à plat, et travailler sur du moyen terme avec en vue la Coupe du monde 2023. Une chose est certaine, ce n'est pas le positionnement d'Eugénie Le Sommer, ni le non-penalty contre les États-Unis qui ont causé la chute des Bleues. Il faut se poser les vraies questions...

L'Australie a déçu (photo Frédérique Grando/FOF)
L'Australie a déçu (photo Frédérique Grando/FOF)
L'Australie, désastre annoncé
Il est difficile d'être surpris par l'élimination des Matildas dès les huitièmes de finale face à un adversaire qui n'avait pas l'allure d'un favori pour le titre. Mais les Australiennes ont confirmé tout au long de la compétition des gros manques aux niveaux défensif et tactique. Cela a permis d'offrir quelques matches spectaculaires, mais l'équipe n'avait pas les moyens d'aller plus loin en jouant ainsi. Et Sam Kerr, qui a pratiquement à elle seule permis la qualification des Matildas en huitièmes de finale, était trop esseulée face à la Norvège pour forcer la décision.

Brésil, la fin d'une époque
C'est lors d'un dernier baroud d'honneur face à la France, poussée en prolongation, que trois légendes du football mondial ont mis fin à leur carrière en Coupe du monde. Le Brésil n'avait pas de quoi aller plus loin réellement, handicapé qui plus est par de nombreuses blessures, et il ne s'agit donc pas tant d'une déception en terme de résultat que l'avenir incertain de la sélection alors que Formiga, Cristiane et Marta ont porté à bout de bras pendant de longues années. Il y a des joueuses de qualité (à commencer par Debinha, qui aura réalisé un bon tournoi) qui vont devoir prendre de nouvelles responsabilités, mais il faudra plus (et notamment l'appui de la fédération) pour retrouver le devant de la scène.

Le Japon (photo Eric Baledent/FOF)
Le Japon (photo Eric Baledent/FOF)
L'Allemagne en demi-teinte
Une élimination en quart de finale, la deuxième consécutive après l'Euro 2017, fait tâche du côté allemand, qui plus est face à une équipe de Suède battue 4-1 lors de l'édition précédente et 2-1 en finale des derniers Jeux olympiques. Mais la Mannschaft a connu beaucoup de changements depuis le titre olympique, et Martina Voss-Tecklenburg n'a pris les rênes de la sélection que peu avant la compétition. Elle n'a pas hésité à faire appel à de très jeunes joueuses, et l'équipe se tourne vers l'avenir avec en figure de proue Giulia Gwinn, désignée logiquement meilleure jeune joueuse du tournoi, qui aura joué l'intégralité des matches de l'équipe à différents postes, et offert la victoire lors du premier match. L'absence sur blessure de Dzsenifer Marozsan (bien supplée par Sara Däbritz) n'a certainement pas aidé le parcours de la Mannschaft, mais la reconstruction passe aussi parfois par des résultats décevants.

Le Japon, objectif JO
La Coupe du monde n'était pas l'objectif des Nadeshiko, pourtant en finale des deux précédentes éditions. En reconstruction depuis 2016, les Jeux olympiques l'année prochaine et peut-être la Coupe du monde dans quatre ans sont en vue. C'est une équipe très jeune qui a disputé le Mondial français, et si le résultat global, une élimination dès les huitièmes de finale après une phase de poule médiocre, est décevant, il y a des raisons de se réjouir. Elle a su retrouver contre les Pays-Bas, futur finaliste, toutes les qualités qui lui ont permis d'atteindre les sommets mondiaux avec de très jeunes joueuses qui ont pris rendez-vous pour l'avenir. Cette Coupe du monde était une étape dans la reconstruction, le résultat est décevant sur le papier, mais le tableau est loin d'être complètement noir...

En bonus : Écosse
Néophyte en Coupe du monde, elle a accroché l'Angleterre puis le Japon en revenant au score en fin de match et en faisant planer un petit doute. Puis elle menait 3-0 face à l'Argentine à un quart d'heure de la fin de la dernière journée de poule, et pouvait envisager plutôt sereinement une qualification historique pour les huitièmes de finale. Et... le trou noir. L'équipe n'a pas su mettre en œuvre le nécessaire pour conserver le score, et l'Argentine est revenue comme une furie pour un match nul final qui éliminait les deux équipes. L’Écosse a laissé passer une belle opportunité, mais nul doute que l'on reverra l'équipe à l'avenir, et pour certaines joueuses certainement dès l'année prochaine aux Jeux olympiques sous les couleurs de la Grande-Bretagne.

Joueuses
Shanice van de Sanden est passée du statut de titulaire à remplaçante (photo Frédérique Grando/FOF)
Shanice van de Sanden est passée du statut de titulaire à remplaçante (photo Frédérique Grando/FOF)
Des joueuses qui passent à côté de leur compétition, cela arrive à chaque tournoi. Voici un top 3 (+1) des joueuses très attendues qui n'ont pas eu le rendement espéré, ce qui n'a pas forcément eu d'impact sur les résultats de leur équipe.

Alex Morgan (États-Unis) : L'attaquante phare de l'équipe championne du monde a terminé avec le Soulier d'Argent, devancée par sa coéquipière Megan Rapinoe qui avait le même bilan (6 buts, trois passes), mais avec moins de minutes au compteur. Sur le papier, le bilan est plutôt flatteur pour celle qui avait dépassé la barre des cent buts inscrits en sélection peu avant la Coupe du monde. Mais le bilan comptable est biaisé, puisque cinq buts sur six ont été inscrits contre la Thaïlande, ainsi que ses trois passes décisives. Il fallait attendre les demi-finales pour qu'elle retrouve le fond des filets, marquant un but certes décisif, mais insuffisant pour lui éviter d'être une déception. Elle n'a que peu pesé sur les défenses adversaires qui ont globalement su la contenir, cherchant les penalties à défaut d'être dangereuse, et si elle s'est pliée à des tâches plus collectives, on attendait plus d'elle.

Eugénie Le Sommer (France)
Meilleure buteuse et passeuse (ex-aequo) de l'équipe de France depuis l'arrivée de Corinne Diacre sur l'aile gauche de l'attaque tricolore, pilier de l'équipe et deuxième joueuse la plus capée de la sélection avant le début de la compétition, elle était très attendue et faisait théoriquement partie des joueuses en lice pour un Ballon. Son tournoi a d'ailleurs bien commencé, avec un but lors de chacun des deux premiers matches face à la Corée du Sud et à la Norvège (sur penalty). Remplaçante entrée en jeu face au Nigeria, elle a ensuite disparu face au Brésil et aux États-Unis lors de la phase finale, quand l'équipe avait le plus besoin d'elle.

Shanice van de Sanden (Pays-Bas)
Oui, les Pays-Bas ont atteint la finale de la Coupe du monde et tenu les États-Unis en échec pendant une heure. Mais ce n'est pas grâce à son ailière droite, maladroite depuis le début de la compétition, qui a accumulé les mauvais choix. Elle a perdu sa place de titulaire lors des deux derniers matches de façon assez logique, sa remplaçante Lineth Beerensteyn s'étant montrée décisive lors de ses entrées en jeu.
A un degré moindre, c'est également le cas de Lieke Martens, qui a elle fini blessée. Avant les dernières rencontres du Mondial cependant, elle avait eu une influence plutôt limitée sur le jeu de son équipe, loin des performances de l'Euro. Son but face au Japon sur une aile de pigeon ne peut pas faire oublier ses performances en demi-teinte qui ont, avec celle de van de Sanden, obligé les Pays-Bas à trouver d'autres solutions pour se hisser en finale.