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JO 2020 – Demi-finales : Premières et revanches en vue

Charlotte Vincelot

L'Australie, pour une première médaille, le Canada, pour une première finale, la Suède, pour un premier titre, et les Etats-Unis, pour retrouver les sommets olympiques, ont tous des objectifs différents, mais une seule ambition bien sûr, la qualification pour la finale. Présentation des demi-finales.

Etats-Unis-Canada, le duel nord-américain (Lundi 2 août 10h)
Il est impossible discuter d'une demi-finale olympique entre le Canada et les États-Unis sans mentionner celle de 2012. Une des rencontres les plus marquantes de la compétition, avec une montée en puissance dramatique au fil de la rencontre avant une prolongation tendue et ce coup de tête d'Alex Morgan en toute fin de prolongation pour offrir la qualification pour la finale aux États-Unis. Le début de compétition des deux équipes ne présage pas d'un remake version 2021, et il est impossible d'imaginer quelle joueuse canadienne pourrait rependre le rôle d'une Christine Sinclair au sommet de son art et de sa hargne.

Les États-Unis, de par leur expérience et la qualité intrinsèque de son effectif, sera favori de la compétition. Sans briller, souvent décevante depuis le début de la compétition, l'équipe états-unienne est malgré tout parvenue à éliminer les Pays-Bas en quart de finale dans un remake de la finale de la dernière Coupe du monde. Avec opportunisme, grâce à la nouvelle génération puisque ce succès, elle le doit avant tout à Lynn Williams, buteuse et passeuse décisive. Ses stars semblent encore en convalescence, manquant de réglages. Il ne fait que peu de doute que si les États-Unis montent encore d'un cran en justesse et intensité, et parviennent à éviter les hors-jeu qui ont plombé son attaque (22 en quatre rencontres), elle sera en position de force. Et si les deux équipes ont disputé un match à rallonge, passant par la prolongation et une séance de tirs au but pour atteindre le dernier carré, la qualité globale de l'effectif états-unien est forcément un atout, même si Bev Priestman a plutôt bien géré son groupe en phase de poules, seule Kadeisha Buchanan ayant disputé l'intégralité des rencontres jusque là.

Le Canada, devenu en 2016 la cinquième équipe à remporter au moins deux médailles olympiques, ne partira pas favori face à son voisin et meilleur ennemi, mais c'est une équipe que cette compétition semble motiver et galvaniser plus qu'aucune autre. Sur le papier et la forme actuelle, le Canada, seul rescapé des groupes E et F, a eu un parcours plus aisé que les États-Unis, accompagné dans ces demi-finales par deux autres équipes du groupe G. Et à sa manière, parfois quelque peu décevante pour les amateurs et amatrices de spectacle, de beau jeu et de maitrise, elle n'a finalement jamais été vraiment en mauvaise posture. Cependant, si elle veut espérer atteindre sa première finale olympique, il lui faudra soit une défense solide, ce qui a plutôt été le cas jusqu'ici, soit une attaque plus tranchante. Elle est pour l'instant l'attaque la moins prolifique des quatre rescapés, celle qui a le moins tiré au but, et cadré le moins de frappe en nombre et en pourcentage, à bonne distance même de son prochain adversaire qui est pourtant resté muet à deux reprises en quatre rencontres. Face aux doubles championnes du monde en titre qui n'ont pas (encore?) montré leur meilleur visage, le Canada n'aura rien à perdre

Bon à savoir
- Le Canada fait partie des équipes qui ont remporté au moins deux médailles olympiques, la plus surprenante. Les États-Unis, la Norvège, l'Allemagne et le Brésil sont les quatre autres pays ayant gagné plusieurs médailles olympiques. Si l'équipe vise naturellement la finale, elle ne serait certainement pas contre un triplé en bronze...
- Les États-Unis ont marqué autant de buts en position de hors-jeu que de buts accordés (dont deux buts contre son camp pour la Nouvelle-Zélande) depuis le début du tournoi, ce qui est un peu surprenant au vu de la qualité et de l'expérience de ses attaquantes.
- Dans un tournoi marqué par des records de buts, Canada et États-Unis ont pris part aux deux seuls matchs nuls et vierges de la compétition, respectivement face au Brésil et à l'Australie. Dans la même veine, seule la Canadienne Janine Beckie, parmi les deux équipes, a inscrit plus d'un but depuis le début du tournoi (2).
- Les deux équipes se sont rencontrées à 61 reprises depuis la première confrontation en 1986. Le bilan est de 51 victoires américaines pour seulement 3 défaites et 7 matchs nuls.

Australie-Suède, les retrouvailles, une semaine après (Lundi 2 août 13h)
Caroline Seger, lors du match de groupe face à l'Australie (photo FIFA.com)
Caroline Seger, lors du match de groupe face à l'Australie (photo FIFA.com)
Un peu plus d'une semaine après leur rencontre en poule, match qui avait tourné à l'avantage de la Suède (4-2), les deux nations se retrouvent en demi-finales. Une première pour l'Australie, mais pas pour la Suède, finaliste encore il y a cinq ans.

Elle sera d'ailleurs favorite de cette nouvelle confrontation et ce pour plusieurs raisons. La première est qu'il y a une semaine, il lui avait fallu une heure pour prendre la mesure des Matildas et avaient pu souffrir par moments notamment au niveau défensif, mais son attaque s'était montrée efficace, marquant quatre buts en neuf tirs, dont quatre cadrés. La seconde est qu'elle a l'expérience de son côté. Nombreuses sont les joueuses qui ont atteint la finale olympique en 2016 et obtenu la troisième place lors de la dernière Coupe du monde. Un groupe plutôt stable, avec des atouts et des leaders dans toutes les lignes, à la recherche de leur premier titre international. Si la Suède a déjà atteint la finale aux Jeux comme en Coupe du monde, elle n'a cependant jamais gagné. Elle espère sans nul doute que cette année sera la bonne... dernier point, elle aura a priori l'atout fraîcheur de son côté. Ses performances en phase de groupes lui ont permis de faire tourner déjà lors de la troisième journée, et elle n'a eu besoin que de 90 minutes en quart de finale pour se qualifier.

L'Australie ne sera pas favorite de cette demi-finale, mais elle ne l'était pas non plus contre la Grande-Bretagne au tour précédent, match au cours duquel elle a réussi à faire parler son opportunisme et a su se montrer efficace, ce qui n'est pas toujours son point fort. Elle débutera la rencontre avec une équipe qui n'aura certainement pas le même état de fraîcheur que son adversaire, l'équipe ayant moins tourné en groupe (la rencontre face aux États-Unis n'a pas dû beaucoup fatiguer les organismes cela dit) avant de disputer une prolongation de haute intensité face à la Grande-Bretagne. Rien de rédhibitoire cependant, mais cela pourrait compter si la décision tardait à se faire. Les Matildas possèdent un noyau dur de joueur qui a grandi ensemble au fil des années, et cette première qualification pour des demi-finales est déjà une forme d'aboutissement pour cette génération de qualité emmenée par Sam Kerr, une des meilleures attaquantes du monde. L'équipe peut parfois être trop dépendante de sa buteuse vedette, auteure de cinq buts depuis le début de la compétition, mais le quart de finale a montré que le danger pouvait venir d'autres joueuses. De toute manière, l'Australie ne partira pas favorite et a déjà réussi sa compétition. Elle a également montré qu'elle pouvait embêter la Suède en match de poule et n'aura rien à perdre dans cette confrontation.

Bon à savoir
- C'est la troisième participation au dernier carré pour la Suède dans la compétition, avec comme meilleur résultat une médaille d'argent en 2016. C'est la première participation de l'Australie aux demi-finales d'une grande compétition internationale après plusieurs participations aux quarts de finale aux JO ou en Coupe du monde. Elle est la seule des quatre équipes restantes à ne pas avoir remporté de médaille olympique.
- Sam Kerr (5 buts) et Stina Blackstenius (4 buts) font partie des meilleures buteuses de la compétition et s'il sera compliqué d'atteindre les dix buts de Vivianne Miedema, elles peuvent encore prétendre au podium du classement dédié.
- Quatre joueuses australiennes ont disputé l'intégralité des 390 minutes depuis le début de la compétition, les deux latérales Carpenter et Catley, van Egmond et Kerr, tandis qu'une seule Suédoise a dépassé la barre des 290 minutes, la défenseure Amanda Ilestedt.
- La Suédoise Caroline Seger, ancienne joueuse du PSG et de l'OL, est devenue la joueuse européenne la plus capée de l'Histoire après avoir fêté sa 215e sélection à l'occasion d'un match nul 0-0 face à l'Australie en amical, à Kalmar le 15 juin. Seger avait battu le précédent record de 214 sélections détenu conjointement par l'Allemande Birgit Prinz et sa compatriote suédoise Therese Sjögran. Elle a porté son total à ce jour à 219 sélections (pour 29 buts marqués)

JO 2020 – Demi-finales : Premières et revanches en vue